Prémonition ou simple cauchemar? Cette nouvelle m'a interpellée, remuée! Les rêves, cela tient du subconscient, des désirs les plus enfouis et inassouvis, des peurs extrêmes, des frustrations et exacerbations pur reflet de la condition humaine, une condition souvent bien pénible... La reconnaissance de nos propres talents par nos pairs, n'en rêvons-nous tous pas? Les places au soleil sont rares, chères. L'herbe est-elle toujours plus verte ailleurs comme l'on dit? Vivre, c'est risqué, se risquer, se lancer... Prendre des risques inconsidérés? Moi, Isis de Saint-Cognac, fille de Rodolphe et Aude Giraud, je suis partante quitte à me retrouver sur le carreau. A me prendre une pelle. Ne jamais rien tenter, ce n'est pas réellement vivre et comme le clame si bien le proverbe, qui ne risque rien n'a rien. Mais moi, qu'ai-je en fait à part mon bagout et mon job? Une existence propre mais encore? Je pense donc je suis, a dit ce comique de Descartes. C'est-à-dire? Parce que je pense, je suis? Non, c'est le contraire: si je pense, c'est parce que j'existe? Ou est-ce ma pensée à l'origine de mon être? Ce Descartes n'est pas clair, il est tel ce Magritte qui dessine une pipe tout en nous affirmant que ce n'en est pas une.
Bon sang, je ne vais tout de même pas mettre à philosopher; adoptons plutôt le "Carpe diem". Profitons de l'instant et oublions cet ange, ce prétendu ange. Il m'est apparu si brusquement avant de disparaître comme par enchantement...ai-je rêvé? Ses paroles me reviennent par bribes: "Ouvrez davantage les yeux sur les autres et tout se passera bien mieux... Soyez vous-même, surtout ouverte!" Ca, pour m'ouvrir, surtout aux hommes, je n'ai pas lésiné. Cela fait-il de moi une femme facile, voire une libertine pour ne pas dire pute?
Je refuse ce qualificatif, je suis tout au plus un être constitué de chair et de sang, je ne peux vivre sans tendresse ni caresses, sans ressentir un corps ferme contre le mien, celui d'un homme, un vrai, aux mains audacieuses, aux lèvres souveraines, au torse vigoureux, aux fesses harmonieuses, au cui-cui bien cambré. Libertine? Non, je ne passe point de l'un à l'autre pour n'obtenir que du plaisir, je suis simplement en quête de celui qui me comblera en tout point, qui se montrera à la fois à ma taille et à mon niveau d'intellect. Est-ce trop demander?
Je serais dans ce cas telle une brebis perdue, désespérée, juste bonne à me dissimuler, disparaître de la scène pour éviter que l'on me prenne en pitié, que l'on me juge, que l'on me dissèque jusqu'à me condamner pour... différence coupable? Arrêtons-nous là un instant! En quoi suis-je coupable en fait? D'être ce que je suis? Qui a fait de moi ce que je suis? Moi seule? Stop, Isis, tu es au soleil, en bord de mer; profite, petite conne! Jouis!
Cette gracieuse mouette qui vole à ce moment si près de moi, quelle chance elle a! Une totale liberté, point de contraintes, personne pour lui dicter sa conduite ou lui faire la morale, aucun conditionnement ou si peu, n' obéir à personne! Moi? On m'a dorlotée, élevée, éduquée, inculqué des principes; j'ai suivi, écouté, digéré, me rebellant quand cela frôlait l'Inquisition mais je revenais chaque fois, retournant dans le rang, dans l'arène, esclave de mon éducation. Que de chaînes et rarement le libre choix! Ne naissez jamais aristocrate ou petit bourgeois, la cage vous attend, dorée sans doute mais une cage!
Le passé, mon propre passé, l'hérédité aidant, m'a menée là où je suis à cet instant: nulle part! Suis-je à plaindre? Y a-t-il une issue? Une échappatoire? Devrais-je m'investir dans l'humanitaire? Partir m'installer en terre lointaine, cela m'ouvrirait-il davantage les yeux, l'esprit? Me débarrasser de mes chaînes, puis-je l'envisager? J'avoue à présent que le texte suivant m'a quelque peu déstabilisée. Joseph, où es-tu allé pêcher pareille histoire, serait-elle basée sur l'un ou l'autre fait dit réel?
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