En son absence, de Armel Job, par Thierry-Marie Delaunois
En son absence, de Armel Job, par Thierry-Marie Delaunois
"La photo de Bénédicte, assise sur le tas de bois, avec son air de vierge et de martyre, lui avait fichu un coup de coeur. Elle avait lu le signalement : quinze ans, taille 1,67 m, corpulence mince, cheveux châtains mi-longs, vêtue d'un blouson ave un écusson sur la poitrine en forme de feuille de palmier..." Jeudi 17 mars 2005, 6h45, Montange, au coeur des Ardennes belges, Bénédicte sort de chez elle pour ne jamais parvenir à l'arrêt du bus qui doit la mener au lycée. Que lui est-il donc arrivé ?
Angoisse, inquiétudes, soupçons, rumeurs, reproches, mensonges, dissimulations, un couple en rupture, un conducteur de bus à l'attitude suspecte, "En son absence" de Armel Job, auteur prolixe professeur de latin et de grec, c'est tout cela à la fois et même davantage : Elise Lépine (Transfuge) nous résume ainsi le roman : "Glaçant, un miroir tendu vers la vilenie de nos actes et la bassesse de nos jugements." Mais qu'est-il advenu de Bénédicte ? Quelqu'un au village sait-il quelque chose ? Un habitant de Montange aurait-il comms l'irréparable ?
Marie-Louise, la mère de Bénédicte, et Mehdi, son père, sont à couteaux tirés. L'un d'eux cache-t-il quelque chose à l'autre ? La narration est fluide, sans failles, Job nous menant dans les méandres de l'âme humaine avec ce brio qu'on lui connaît, l'ouvrage ayant fait partie de la sélection du Grand Prix de littérature policière. En véritable dramaturge, il nous trimbale allègrement de famille en famille, le souvenir de la petite Annelise, fille défunte de Julien, le conducteur de bus, et de son épouse Liesbeth omniprésent dans le mémoires, la petite et Bénédicte étaient très proches et même complices jusqu'au décès prématuré de Annelise qui laissa un vide immense derrière elle, et les esprits commencent subitement à s'échauffer, émettant parfois des hypothèses extrêmes, voire absurdes. Mais Bénédicte a disparu sans laisser de traces, apparemment, et elle reste introuvable.
Suspense émotionnellement intense, le roman de Job pose des questions essentielles sur nos comportements et attitudes parfois inappropriés face à l'irruption d'un événement brutal, si surprenant pour un petit village si tranquille. "La pauvre femme était anéantie, sûrement. Elle devait se sentir bien seule. Puis le fourgon de police qui stationnait le matin devant sa maison lui était revenu à l'esprit. Inutile de préciser que les fonctionnaires pleins de tact qui en avaient débarqué avaient dû lui mettre le moral encore plus bas que terre..."
S'agit-il en fait d'une simple fugue ? Sa mère a du mal à y croire : disparue le jeudi, le dimanche matin elle n'avait toujours pas donné de signe de vie. Aucun !
Ce roman n'est pas le dernier en date de Armel Job mais l'auteur a été récompensé du prix Emmanuel Roblès pour "La femme manquée" et du prix des lycéens de Belgique pour "Tu ne jugeras point". N'hésitons pas à partir, nous aussi, sur les traces de Bénédicte, une adolescente bourrée, comme elles le sont toutes, d'espoirs, de désillusions, de rêves...