Revenons à présent sur le plancher des vaches! Que n'ai-je toujours pas révélé excepté ce secret qui m'obsède et que je n'ose avouer? J'adore lire, vous l'avez compris; mon Joseph, je lui reconnais du style et de l'esprit. Dans sa manière d'écrire transparaît Schmitt, excusez du peu. Modeste sans être réellement effacé? C'est un peu ça et accompagné d'un halo de mystère: une certaine brume l'entoure, l'enveloppant bien qu'il soit sociable. Une forme d'équilibre. Précaire? C'est à voir. Se livrer? Au travers de ses personnages; je nous ai même découvert un sérieux point commun: l'amour du piano. Do ré mi...vous connaissez la suite. du ré mineur ou du fa majeur? On s'en tape, là n'est pas l'essentiel. Affaire à suivre car il a de la suite dans les idées, mon auteur à la hauteur!
J'ai saisi mon Nikon; rapidement je le règle. La luminosité est parfaite, le cadre enchanteur, un zoom rapide et clic: deux majestueux voiliers blancs sur une mer bleu ciel: peut-être une image d'Epinal mais prise par Isis de Saint-Cognac, cela vaut son pesant de pièces, paraît-il. Malgré le nom que je porte, je ne suis pas une sainte, encore un aveu; heureusement pour moi personne ne couchera ceci sur papier car cela m'est personnel. Coucher! Le mot est lâché, pardon; il m'est déjà arrivé, sans mauvais jeu de mots, de me retrouver dans de sales draps. Quant au cognac, non merci, très peu pour moi mais je ne suis pas contre un soupçon d'amaretto à l'occasion. Des alcooliques dans ma famille? Mes ancêtres? Non excepté Isaure, ma grand-mère paternelle, dont la lucidité est contre toute attente directement proportionnelle à son taux d'alcoolémie. "Plus je goûte, plus je sais!" nous lâche-t-elle parfois en pleine orgie familiale, mais que sait-elle en fait? De quoi parle-t-elle? Nul ne le sait, jamais elle ne s'est ouverte à ce propos, encore heureux peut-être! In Isaura veritas? Bref, passons!
Effrayé par le passage intempestif d'un cycliste, le goéland s'est envolé à tire-d'ailes; j'aurais aimé le prendre en photo. Isis et l'oiseau; je songe du coup aux points communs que j'ai avec celle que je pense être ma plus lointaine ancêtre.
Reine, soeur et épouse d'Osiris, dame et souveraine, elle protégeait le sceptre ainsi que l'autorité de son époux; grande et majestueuse, d'une beauté qui rappelait la tendresse des pousses dans les champs ensemencés, Isis emplissait le palais d'une lumière étincelante lorsqu'elle paraissait; les nuages la saupoudraient d'une délicate rosée parfumée quand, coiffée d'un bandeau et d'une couronne bleue, elle sortait du palais en procession.
Sa personnalité? Une autorité affirmée mais douce et fidèle amante, ainsi qu'une extrême sensualité à faire chavirer son bel Osiris, c'est ici notre principal point de convergence avec cette séduction innée dans le regard, qui m'a déjà menée à l'une ou l'autre liaison inavouable que je n'oserais point vous évoquer à moins que je ne me lâche... Avec mon dernier amant, ce fut chaud, extrêmement torride, extatique. Orgasme sur orgasme, de bien réels accompagnés de gémissements à faire frémir les plus frigides humains. Souvent il ne savait pas suivre, le bichon. Pauvre Tristan! Serais-je trop exigente, trop vindicative dans mes envies, mes pulsions, mes désirs? "Tu n'aurais jamais été une actrice de talent tant tu te donnes sans compter et sans réflexion. Tu ne joues pas, tu ne feins pas, Isis. Tu es si entière et si passionnée qu'il faudrait qu'on te ligote pour que tu retrouves ton calme", m'a-t-il révélé avant qu'épuisé par mes attentes, il me quitte. Actrice, moi? Revenons-en plutôt et si vous le voulez bien à Joseph: suit ici un hymne au talent, ou quelque chose qui y ressemble...
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