Plaisante, trépidante, galopante, elle court, elle court, la mélodie; accrocheuse, elle nous porte, nous inspire, nous élève, jouant sur toute la gamme, do ré mi fa sol la si do, nous procurant de ces sentiments tels que l'allégresse, l'exaltation, le majeur et le mineur s'entremêlant, les dièses et les bémols cascadant et se succédant pour former ce tout si harmonieux aux réminiscences enfantines, nous projetant dans ce passé si simple où tout n'était que jeux et rondes, un véritable ballet côté cour comme côté jardin. Note après note, que ce soit molto allegro ou prestissimo, elle s'égrène touches battantes, le tempo endiablé, les doigts parcourant le clavier, souples, agiles, sans discontinuer.
Un temps, un silence, on soupire puis c'est reparti tel un refrain que l'on ne peut que fredonner gaiement: do ré mi, do ré mi ré do si la...
Le do? Incontournable, il est dominant, souvent dogmatique mais docile, dodelinant entre doléances et espérances. Dorure nous permettant de toucher le ciel, d'atteindre l'étoile? Qui sait puisqu'il est tellement royal!
Le ré? Symbole de réjouissance, il fait à l'occasion de la résistance, est une référence, nous menant sans rémission à la rédemption. Nous réveillant pour nous procurer l'instant de grâce? Qui sait puisqu'il est tellement impérial!
Le mi? Mirobolant voire mirifique, point mitigé, il est la mirabelle de la gamme, mythique, point mirage, sans minauderies, flottant succulente, vraie missive de miséricorde. Avec une mission, celle de nous mystifier? Qui sait puisqu'il est tellement jovial!
Le fa? Ah le fa! Si fabuleux, si fascinant autant que farouche, il joue souvent au pharaon, un seul bémol à la clé. Point façade bien que facile et familial? Beethoven nous le qualifierait de pastoral!
Avec ces quatre notes, do, ré, mi, fa, quel potentiel, déjà quelle richesse de perspective et ce n'est point ce virtuose de Paganini qui resterait de marbre: dans ses cordes, déjà une mélodie sans égal! Et sans ce quatuor de notes, que serait devenu le magnifique final de la symphonie Jupiter?
Le sol? Solennel autant que solaire, il n'attend pas le solstice pour nous ravir; solidaire, il nous tire de la solitude, ne rejoignant jamais le sol, jouant au petit soldat, comblant le soliste. Une belle leçon de solfège au menu? Mozart nous le qualifierait de amical!
Le la? Donnant le ton, parfois lacrimal, rarement lassant, il est tel le labyrinthe, capable de nous égarer sur toute latitude. Larron à l'occasion, nous lâchant sur la lagune? Vivaldi, grand créateur de largo, nous le qualifierait de sidéral!
Le si? On dit souvent: avec des si, on mettrait Paris en bouteille mais ici on n'est point circonspect car il est synergie, si beau, sirène, à même de déclencher sifflotements et simagrées dans son sillage car si facile à chanter. Ciment de la gamme, complétant l'octave? Jean-Sébastien Bach, auteur de cette fameuse messe, nous le qualifierait de abyssal!
Oui, elle court, elle court, la mélodie, exaltante, frémissante; nous dansons, à l'unisson, au diapason, main dans la main, yeux dans les yeux, coeur contre coeur jusqu'à ce que s'évanouissent les ultimes notes, plaisante, trépidantes, galopantes. Mélodie, si tu n'existais pas? Dis-moi alors pourquoi j'existerais! Toi et moi sommes inséparables, indissociables, tu es vivante et je suis musique. Symbiose face à l'Eternel? Oui, dansons gaiement...alla Turca!