Je suis à présent seule, le soir déclinant petit à petit mais ce n'est pas Isis au crépuscule, c'est une Isis à l'aube, métamorphosée, peut-être encore sur le fil le temps que je prenne véritablement ma destinée en mains, mais sur une voie déjà bien meilleure. J'ai entre-temps découvert que j'avais une âme et qu'en fait je croyais au fond de moi-même en l'existence d'une entité supérieure que certains nomment Dieu. Vous aimeriez sans doute que je vous fournisse davantage d'explications sur ce revirement? Mais je dois vous avouer qu'il ne s'agit pas d'un revirement, plutôt d'une révélation, quelque chose s'étant décoincé comme si un verrou avait sauté, cheminant ensuite vers ma conscience pour y siéger maintenant en maître, quelque chose d'indéfinissable mais de bien présent! De parvenu au but, me semble-t-il, du moins au sommet.
Comment les choses se sont-elles terminées avec la veuve clairvoyante? Partie en urgence aux lieux d'aisance, j'y ai pris mon temps avant de revenir dare-dare pour constater qu'elle avait disparu après avoir réglé toute l'addition. Ma première pensée n'a pas été: chouette, elle a tout payé; non, elle fut: mince alors, où est-elle passée? Vous ne me croyez pas? Il le faudra pourtant, je ne vous mène pas en bateau, savez-vous. Elle est sincère, Isis!
Quel sens donner à ma vie à présent que cette curieuse journée s'achève? Je ne parviens toujours pas à lire mon propre avenir, quel dommage, mais j'ai le sentiment qu'il ne pourra être qu'exaltant à condition de ne pas me la jouer marginale, celle qui n'a besoin de personne. Une chose est pourtant claire: la scène m'attend, les planches! Oui, j'ai décidé de m'inscrire à des cours de théâtre afin de mettre en valeur ce talent que je viens de me découvrir. Un de plus! Pardon, ce n'est ni de l'arrogance ni de la prétention mais si vous saviez les compliments que j'ai reçus après ma prestation! A me métamorphoser sur place en coquelicot, cette mignonne et fragile petite fleur que j'aime beaucoup.
Et Joseph, que vais-je faire de lui? Il m'accompagne à présent depuis sept longues années, je ne vais pas brutalement le virer, il fait partie de ma vie et je l'aime, me semble-t-il. Un petit quelque chose d'indéfinissable - une fois de plus - mais de réellement perceptible parcourant l'entièreté de son oeuvre m'a mis la puce à l'oreille - au coeur en fait - sur les sentiments que j'éprouve pour lui, c'est entre les lignes, mon don m'ayant permis de comprendre ce qu'il en est. Se dissimule en lui un étonnant cocktail d'optimisme et d'enthousiasme face aux aléas de la vie bien que celle-ci ne fasse jamais de cadeau; dans ses publications, Joseph demeure réaliste bien qu'occasionnellement à la limite du crédible; des drames se produisent tel un grave accident de la route, le triste décès d'un aïeul, un tragique tsunami, un incendie fatal, l'imminence de la chute d'un météorite mais à chaque fois du positif en ressort. Un auteur à suivre, ce Joseph, et ce recueil dont vous connaissez à présent la teneur renforce mes sentiments à son égard. Même mon corps...bref, en un mot, il est humain, il me touche et je suis certain de ne pas être la seule lectrice subjuguée par ses mots et ses textes baignés de lumières en demi-teintes: tout est loin d'être rose comme vous le savez.
Quant au don que je possède, vais-je continuer à le dissimuler au commun des mortels? Car l'on se moquerait aisément de moi ou l'on me fuirait d'où cette question qui me taraude depuis quelque temps: quels secrets sont à impérativement dissimuler? Ceux qui nous mèneraient à être jugés, catalogués, jetés? Ceux qui posent un cas de conscience tel qu'il serait difficile de s'en dégager car, dans un cas comme dans l'autre, l'on serait à nouveau jugé? Terribles parfois sont les choix de vie: quel serait le moindre mal dans telle ou telle situation? Et se présenterait toujours une personne pour vous asséner ce qu'il pense de notre choix. De la décision prise. Oui, certains secrets doivent être aussi bien gardés que des brebis dans un champ, j'en suis persuadée; quant aux sentiments amoureux, les cacher relève souvent du tour de force tant notre corps parle pour nous trahir: un geste , une attitude, un regard, une parole; s'en mêlent le coeur et l'esprit, le chaos en perspective. Que dirais-je à mon Joseph si je devais le rencontrer? La grand énigme du jour!
J'ai enfilé mon gilet mais ne l'ai pas boutonné pour laisser l'air circuler, voyager, s'insinuer en moi par tous les pores de ma peau. Je me déshabillerais bien, j'ai mon bikini dessous mais je crains dans ce cas la cohue. Oui, oui! La nature humaine, vous la connaissez mais passons! Revenons-en aux secrets avec cette ultime question: dans quelles circonstances peut-on divulguer un secret qu'une tierce personne vous aurait confié? En ce qui concerne mon don, peu de gens sont au courant et il s'agit exclusivement de personnes dignes de confiance qui même sous la torture ne diraient rien, à moins de subir le supplice de la roue; heureusement nous ne sommes plus au Moyen-Âge du moins dans cette partie du monde. Donc aucun risque mais si moi, Isis, je détenais l'un ou l'autre secret compromettant ou pas pour autrui, dans quel cas ou situation extrême le divulguerais-je? S'il y a véritable danger pour la personne concernée, une sorte d'état d'urgence; cela pourrait être d'ordre médical, sanitaire ou sécuritaire, la violence faite aux hommes et aux femmes en est un exemple frappant, occupant souvent nos pensées.
Et le mensonge? Celui-ci se révèle-t-il parfois indispensable? S'il s'agit de se protéger ou de protéger un être cher de la critique ou de la médisance, voire davantage, je suis partante mais attention à ne point s'empêtrer, les contradictions étant là pour nous coincer, nous trahir, déjouer nos plans et rendre à César ce qui lui appartient. Vous mentez depuis toujours à une personne aimée sur un point important de votre vie? Faites gaffe: la vérité finit toujours par émerger. Tôt ou tard. Je le sais: j'ai vécu la chose dans ma propre famille et mon pouvoir m'a déjà joué des tours: un proche auquel j'ai un jour asséné ses quatre vérités, car c'était indispensable, m'a insultée en retour avant d'aller me discréditer auprès du jeune homme auquel je m'étais accrochée. Auquel je tenais énormément. Il a cru que j'avais enquêté sur lui, sur ses moeurs alors que je ne faisais que voir; j'espérais l'aider en lui dévoilant ma pensée et il s'en est allé furieux prévenir mon amoureux. Attention: Isis, c'est un danger public, une véritable peste pourvue d' une langue de vipère. Suis-je mauvaise? Affaire à suivre, Isis de Saint-Cognac, car tu vas enfin pouvoir prouver ta vraie valeur. C'est-à-dire? Vous le saurez bientôt, d'ici quelque temps, mes chers lecteurs. Patience!
Je vis, je respire, je marche et souris, ris à présent; mon Joseph, attends-toi à me rencontrer prochainement! J'aurais deux mots à te dire, plus de deux en fait. Cette journée? Epique, à marquer d'une foutue pierre blanche, dans la vôtre également, je le sais: vous êtes dès à présent impatient de me retrouver pour en savoir plus sur ce qui va m'arriver, j'en suis persuadée. Vous partez sous peu en bord de mer ou fréquenter régulièrement les Foires et Salons du Livre? Vous m'y rencontrerez, moi ou votre destinée si vous ne l'avez toujours point trouvée. Promis, juré!
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