Articles de thierry-mariedelaunois
Dans Partage II
Auteur cherche éditeur, une certaine réalité, par Thierry-Marie Delaunois

Engorgement de l'écrit - façon de parler bien sûr -, une déferlante d'ouvrages par voie postale, la saturation des services des manuscrits pour finalement peu d'élus, une proportion minime de premiers ouvrages retenus dans les grandes maisons d'édition traditionnelles! Retenu, le mot magique synonyme de "consécration" pour certains auteurs, ceux qui se retrouvent sur le chemin très convoité de la publication. Comment s'organisent les maisons d'édition pour gérer un tel afflux de "papier"? Comment s'opère la sélection? Être refusé, cela signifie-t-il que l'on n'est pas bon, que la qualité littéraire et d'accroche n'y est pas? Et les manuscrits sont-ils réellement lus? Curieux et intéressés, nous avons réalisé notre petite enquête et récolté une série d'informations parmi les plus pertinentes, voici à présent ce qu'il en ressort et sans langue de bois!
L'envoi d'un premier manuscrit plonge bien souvent l'auteur dans une certaine angoisse; il n'a pourtant pas à craindre des comités de lecture une attention trop soutenue...
Les éditeurs doivent surtout être considérés par les auteurs non pas comme de réels lecteurs mais comme des professionnels de la prélecture, leur rôle étant de détecter le plus rapidement possible ce qui pourrait être lu par le public amateur de fictions.
L'image de l'éditeur noctambule lisant une pile de manuscrits à la recherche de la perle rare n'est pas réaliste: les manuscrits traversent - ou pas - plusieurs canaux d'écrémage (dépouillage dans le jargon) avant d'être réellement examinés, certaines maisons subissant une déferlante de 50 manuscrits/semaine. Les responsables littéraires effectuent un filtrage par paliers, le service des manuscrits éliminant les textes indéchiffrables ou hors compétition, tenant à jour son registre, le secrétariat littéraire opérant ensuite une prélecture visant les premières et les dernières pages, puis quelques-unes au milieu de l'ouvrage. On apprécie le style et l'orthographe (indicateur décisif), le manuscrit étant "placé en lecture" s'il franchit ce deuxième fameux barrage.
S'il est certain que les plis sont ouverts, feuilletés et parfois scrupuleusement scanner notamment dans les petites maisons, la lecture intégrale reste une exception. Qu'on se le dise!
La probabilité d'être édité? Il est traditionnellement reconnu que l'auteur non pistonné ne bénéficie que d'une chance sur mille de voir le fruit de ses efforts publié, une statistique exacte dans la grande édition pour la littérature de fiction ne valant rien dans l'absolu, et notons que la taille économique de la maison d'édition (reflet de sa production annuelle) joue sur les probabilités selon une loi quasi exponentielle: le 1/1000 de la grande édition tombe à 1/100 en édition moyenne et à 1/10 dans les petites et microstructures. Se laisser décourager? Loin de là, qui ne risque rien n'a rien!
Comment à présent "cibler" un éditeur potentiel? Un nombre infime de publications explorent les opportunités éditoriales; l'auteur a donc tout intérêt à cumuler les outils de prospection: librairies, Internet, Salons et revues, Livres et hebdos, et il lui faut cibler les maisons en phase avec le genre, le sous-genre et le style du texte, connaître les éditeurs, les collections, le nom du directeur littéraire, également le mode de démarchage recommandé.
Enfin, comment décrypter un refus éventuel? Dans la majorité des cas, un éditeur traditionnel refusera le manuscrit, nous venons de le découvrir. Qu'en déduire? Même si elle semble personnalisée, la lettre-type de refus ne donne que des arguments passe-partout pour refouler le texte, on ne connaît que trop bien ces arguments: ne correspond pas à notre ligne...
Si l'on reçoit une lettre de ce type, cela signifie que l'on n'a pas franchi le palier "écrémage", le texte étant disqualifié pour des raisons matérielles ou éditoriales qu'il faut analyser; pour l'éditeur, la première cause de refus est souvent l'inacuité de l'expéditeur.
Dans une lettre de refus personnalisée, l'auteur retrouve - avec bonheur? - des éléments précis attestant que son manuscrit a été évalué; c'est le refus "littéraire", l'auteur devant en tirer enseignement.
Mais il est judicieux de mentionner que les éditeurs ne sont en rien tenus de donner un avis, surtout défavorable, et encore moins de le justifier. Découragé en fin de compte? Vous êtes peut-être au-dessus du lot sans le savoir mais prenez garde malgré tout: certaines maisons d'un âge certain vivent encore dans le contexte et/ou le mode d'écriture et de qualité littéraire d'il y a deux siècles alors que d'autres s'inscrivent dans une logique d'accroche plus abordable, plus populaire. "Trop écrit" peut parfois ne pas passer la rampe chez certains mais bien ailleurs. La preuve? Lisez, lisez, lisez et jugez... Vous comprendrez tout...ou presque!

Dans Partage II
Auteurs, écrivains, les admirer ou les craindre?, une publication de Thierry-Marie Delaunois

Il écrit des fictions, le voisin de palier, est-il pour cela un auteur ou un écrivain? Chacun a sa conception et l'usage de ces deux termes n'échappe jamais à la controverse. Pour Jean Guenot par exemple, auteur de "Ecrire, guide pratique de l'écrivain", éd. Guenot, 1998, l'écrivain est tout bonnement celui qui écrit (l'artisan scripteur) tandis que l'auteur endosse une fonction socioculturelle. Jean-Marie Bouvaist, spécialiste des métiers du livre, identifie lui aussi l'écrivain comme un "artisan de la langue écrite", voire un "artiste".
Pour Valéry, l'écrivain supplante l'auteur car un sacerdoce le lie à son art: "Un auteur, même du plus haut talent, connût-il le plus grand succès, n'est pas nécessairement un écrivain." Et après? Plus prosaïquement, on convient souvent de désigner par écrivain une personne dont la profession ou le revenu principal réside dans l'écriture de livres, le Robert quant à lui posant spécifiquement l'écrivain comme celui "qui compose des ouvrages littéraires", excluant de ce fait les autres genres d'écriture comme la non-fiction. Enfin bref...
Les admirer ou les craindre? Stupéfiant qu'au départ d'une simple idée puisse naître une oeuvre littéraire de plus de 300 pages ou qu'à partir d'un banal fait divers l'on puisse aboutir à l'éclosion d'une saga à rebondissements multiples! Toucher le fond, atteindre le plus profond désespoir peut aussi mener à un déclic salvateur, à une réelle libération; l'écriture jouera alors un rôle de baume, même davantage. Les ingrédients parsemés sur la route? L'inspiration souvent liée à un certain état d'esprit, une imagination débordante, une thématique accrocheuse, voire percutante, le naturel et l'originalité, un sens de la narration, avoir de la plume, du style et surtout un éditeur enthousiaste; s'ajoutent à cela l'endurance et la persévérance car de l'idée au livre, le chemin est long et parfois semé d'embûches.
Quant à la réussite de l'ouvrage, elle est relativement aléatoire car dépendante de l'éditeur, de l'auteur lui-même - s'il s'implique ou pas dans la promotion - , des libraires et de la presse. Le meilleur coup de pouce, ce serait l'obtention de l'un de ces prestigieux prix littéraires si convoités: les ventes décolleraient, l'écrivain se faisant au passage un nom dont se rappellerait le public à la parution suivante. Ecrivains, auteurs, une espèce en voie de disparition? Loin de là manifestement!
Les admirer? Pour leur imagination, leur créativité, leur style souvent épuré, leurs connaissances non négligeables de la langue, une narration efficace, élaborée, ce savant mélange de réalité et de fiction qu'ils parviennent à nous concocter, la psychologie fouillée de leurs personnages qui les fait sortir de l'ordinaire, et n'oublions point le charisme de l'écrivain lié à sa personnalité de "créateur". L'image joue bien sûr son rôle.
Les craindre? Pour leur utilisation de la réalité - ils la déforment parfois -, et des autres dans leurs récits même si les noms sont changés, pour leur humour à l'occasion corrosif et lapidaire, le verbe haut et des fois sans tabou, les secrets dévoilés, leurs jugements allant parfois jusqu'à la dénonciation. Le droit à l'expression? Pas partout sur terre d'où une crainte à leur égard parfois justifiée. L'écrivain? Un être vivant qui pense, médite, cogite jusqu'à ce que le fruit de leurs réflexions se métamorphose en mots. Un danger public? Chacun son opinion! Les admirer ou les craindre en fin de compte?
Le livre se vend toujours, on continue à lire Schmitt, Musso, Pennac, Delacourt et bien d'autres, on court les séances de dédicaces, les associations d'écrivains et autres cercles d'auteurs honorent l'écrit, les blogs littéraires pullulent, l'écriture est bien présente sur la toile, les Salons et Foires du Livre sont toujours fréquentés, ce qui signifie que la littérature - une certaine littérature du moins - est loin d'être morte. Conclusion? Les écrivains et auteurs véhiculent des messages; ils sont des passeurs d'idées au travers de leurs ouvrages, donc utiles et même indispensables dans notre société actuelle très centrée sur le chiffre, le nombre, c'est pourquoi adoptons-les, aimons-les, continuons à les suivre et accordons leur du crédit. Vivre de leur plume? Il faut être fort pour sortir du lot et se faire remarquer; quant à les jalouser, c'est de ce monde, certains succès paraissant parfois discutables, injustifiés...
Un bel exemple d'oeuvre littéraire de qualité parue récemment d'une auteure injustement méconnue? Donnons deux titres avec deux thématiques bien distinctes: "Le secret de MONALISA" de Murielle Lona et "Le Spectateur" de Virginie Vanos. A découvrir absolument!


Une première lecture pour cette saison: